

La Vierge à l’Enfant
Flandres (Anvers), vers 1500
Historique
Collection Bertollo (Gênes) en 1928 ; chez Silberman à New York en 1951.
Bibliographie
Winkler, F., Das Werk des Hugo van der Goes , Berlin, 1964, p. 117–118, fig. 84.
Étude
La Vierge, vue à mi-corps, est assise au premier plan du tableau dont elle occupe presque toute la hauteur dans un cadrage assez resserré. Elle est vêtue d’une robe bleu nuit que recouvre un large manteau rouge dont la bordure est agrémentée d’un fin orfroi doré. Sous le pan du manteau ramené sur sa tête, elle porte un voile transparent. La Vierge tient sur ses genoux l’Enfant, nu, couché sur un linge blanc. En arrière-plan s’étend un paysage boisé. On aperçoit à droite un bâtiment en pierre par-delà un plan d’eau enjambé par un pont.
Winkler a le premier identifié dans cette œuvre la reprise exacte de la figure de la Vierge à l’Enfant qui apparaît dans le panneau de L’Adoration des Mages conservé au Metropolitan Museum of Art à New York1. Cette Adoration des Mages est considérée comme dérivant elle-même d’un modèle de Hugo van der Goes, soit d’après une libre interprétation des figures du Retable de Monforte, peint vers 1470 et conservé à Berlin2, soit d’après une autre composition originale du maître, aujourd’hui perdue3.
L’Adoration des Mages de New York ainsi que les variations qui en dérivent ont toujours été rapprochées du cercle du Maître de Francfort, un artiste actif à Anvers dans le dernier quart du XVI siècle, et qui a été particulièrement influencé par Hugo van der Goes.
L’utilisation d’un même motif dans différentes compositions n’est alors pas rare dans la pratique des ateliers anversois, particulièrement pour les œuvres destinées à être vendues directement sur le marché, sans commande spécifique. Ainsi, on peut citer une autre version de L’Adoration des Mages de New York, conservée au Statens Museum for Kunst de Copenhague4.


De la même manière, plusieurs versions du motif de la Vierge assise portant l’Enfant sur ses genoux sont connues. Parmi celles-ci, la version cintrée qui présente la Vierge à l’Enfant devant un paysage, provenant de l’ancienne collection Campana et déposée par le musée du Louvre au musée de Bayeux5, est sans doute la plus proche au niveau de la composition. On peut également citer une autre version passée en vente chez Sotheby Parke Bernet à New York en 1978 et 19796. La Vierge se tient derrière un parapet figuré au premier plan du tableau, sur lequel sont disposés un verre et des fruits, et qui rappelle directement celui présent sur les panneaux de L’Adoration des Mages de New York et de Copenhague.


La Vierge à l’Enfant, Flandres, fin du XVe–début du XVIe siècle. Dépôt du musée du Louvre au musée de Bayeux.
La Vierge à l’Enfant. Flandres, Anvers, vers 1500. New York, Sotheby Parke-Bernet en 1978 et 1979.
Dans son étude consacrée au Maître de Francfort, Stephen Goddard a proposé d’identifier celui-ci avec Hendrik van Wueluwe, membre de la guilde de Saint-Luc à Anvers à compter de 1483, et mort en 1533. Par ailleurs, dans cette étude, Goddard tente de distinguer différentes individualités artistiques dans le corpus assez varié des œuvres données au Maître de Francfort et à son cercle. Parmi ces personnalités, il propose d’identifier le Maître de Watervliet—un proche collaborateur du Maître de Francfort, nommé d’après le triptyque de la Déposition conservé dans l’église de l’Assomption-de-Notre-Dame à Watervliet7—comme l’auteur de L’Adoration des Mages du Metropolitan Museum of Art et de la Vierge à l’Enfant derrière un parapet passée en vente à New York à la fin des années 19708.
MI 659, dépôt du musée du Louvre au musée de Bayeux depuis 1982 (précédemment déposé à Saint-Brieuc), 52 × 37 cm ; cf. F. Winkler, Das Werk des Hugo Van der Goes, Berlin, 1964, p. 117–118, nº85 ; J. Foucart, Catalogue des peintures flamandes et hollandaises du musée du Louvre, Paris, 2009, p. 344.
