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Croix reliquaire

Barcelone, fin du XIVe ou début du XVe siècle

Argent et argent doré ; plaquettes d’argent de basse-taille revêtues d’émail translucide, cristal de roche
H. 37.2 cm ; L. 21.1 cm
Historique

Ancienne collection Jacques Seligmann, Paris (saisi en 1940 et mis en dépôt au Jeu de Paume, restitué en octobre 19461).

Étude

La croix, latine, offre un profil classique pour l’époque gothique : croisée carrée et extrémités fleurdelisées précédées d’un renflement sur chacun des bras. Elle se prolonge par une hampe triangulaire permettant de la porter ou de la fixer sur un pied.

À l’avers, la croisée présente sous un cristal de roche une plaquette d’émail translucide carrée, posée sur la pointe, et qui montre au centre une logette cruciforme destinée vraisemblablement à abriter des reliques de la vraie croix. Les médaillons sur les bras latéraux sont émaillés de bleu et agrémentés de petites billes d’émail blanc opaque marquées au centre d’un point rouge. Les trous visibles au centre de chacun de ces médaillons ainsi que sur celui de la partie inférieure devaient permettre de fixer la statuette du Christ. Ce type de montage où le Christ est fixé directement sur les médaillons d’émail translucide se retrouve notamment sur la croix autrefois conservée dans l’Église de Soses (province de Lleida)2. Le médaillon figurant sur le haut de la croix montre le pélican se perçant la poitrine pour nourrir ses petits de son sang, symbole du sacrifice du Christ.

Au revers, la croisée abrite une plaque figurant le Christ en majesté, bénissant de la main droite et tenant le globe terrestre de la main gauche sur un fond émaillé de bleu translucide et parsemé d’étoiles réservées et dorées. Les médaillons sertis sur les bras de la croix présentent les symboles des évangélistes, chacun d’eux portant le phylactère sur lequel s’inscrit son nom. Les bras lisses de la croix sont à l’avers comme au revers recouvert de délicats rinceaux réalisés en fins pointillés.

Outre la présence du poinçon de Barcelone placé sur la hampe, de nombreux éléments nous permettent de rattacher cette croix reliquaire à l’orfèvrerie Catalane de la fin du XIVe siècle. On peut ainsi relever, au-delà de la conception même de la forme de la croix, le dessin très caractéristique ainsi que la palette des émaux sur les médaillons d’émail translucide. De même, certains détails confirment une origine catalane tels que l’inscription figurant sur le phylactère du Taureau de saint Luc et qui recourt à la forme rare de « LUCH » au lieu de « LUCAS ». Cette formulation se retrouve sur un médaillon conservé au musée de Cluny ainsi que sur la croix « des confréries » du trésor de Gérone3.

La plupart des croix réalisées à Barcelone à la fin du XIVe ou au début du XVe siècle qui nous sont parvenues sont des grandes croix, probablement de procession, fabriquées à partir de feuilles d’argent montées sur une âme de bois et qui sont généralement comme ici accompagnées de médaillons d’émail translucide. Cette croix se distingue de ces différents exemples par son caractère éminemment plus précieux lié à sa fonction de reliquaire4. Sa réalisation en argent plein, le sertissage des médaillons – alors qu’ils sont généralement simplement fixés – ainsi que les épaisses feuilles d’argent façonnées en fleur de lys aux extrémités des bras de la croix contribuent à faire de cette pièce un exemple exceptionnel dans l’orfèvrerie catalane de la fin du XIVe et du début du XVe siècle.

1. 

Database of Art Objects of the Jeu de Paume. ERR Inventory nºSel.383.

2. 

N. de Dalmases, Orfebreria Catalana Medieval : Barcelona 1300–1500 (Aproximacio a l’Estudi) Consideracions generals i catalogacio d’obra, I, Barcelonne, 1992, nº5, p.179–181.

3. 

É. Taburet-Delahaye, L’orfèvrerie Gothique (XIIIe–début du XVe siècle) au musée de Cluny. Catalogue, Paris, 1989, nº83, p. 207–208.

4. 

La Croix reliquaire de la Vraie Croix, conservée au musée national d’art Catalan (Barcelone), portant un poinçon de Barcelone vers 1350 est également toute en argent doré et présente des dimensions plus comparables à celle-ci (41,4 × 23,6 cm). Cf. Dalmases, Op. Cit. 1992, nº7, p. 186–187. On peut également citer la croix reliquaire de l’église de Santa Pau (province de Girona) Ibidem, nº8, p. 188–189.

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