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Maître de la Pietà

(Actif à Sienne vers 1350–1375)

Crucifixion

Sienne, vers 1350

Tempera sur bois
H. 55, 8 cm ; L. 26,8 cm
Historique

Collection Stehli, Zurich.

Expositions
Lugano-Castagnola, Fondation Thyssen-Bornemisza, Manifestatori delle Cose Miracolose. Arte Italiana del ’300 e ‘400 da Collezioni in Svizzera e nel Liechtenstein, 7 avril–30 juin 1991, nº13.
Bibliographie

B. Berenson, Central and North Italian Schools, I, Londres, 1968, p. 437.

C. De Benedictis, La pittura Senese 1330–1370, Florence, 1979, p. 28, p. 92.

D. Boucher de Lapparent, dans L’Art gothique siennois, enluminure, peinture, orfèvrerie, sculpture, cat. expo. (Avignon, musée du Petit Palais, 26 juin–2 octobre 1983), Florence, 1983, p. 251.

G. Freuler, Manifestatori delle Cose Miracolose. Arte Italiana del ’300 e ‘400 da Collezioni in Svizzera e nel Liechtenstein, cat. expo. (Lugano-Castagnola, Fondation Thyssen-Bornemisza, 7 avril–30 juin 1991), Lugano, 1991, cat. 13, p. 55–57.

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Étude

Sur un sol rocheux, la scène de la Crucifixion se divise en deux groupes répartis de part et d’autre de la croix. À gauche, le groupe vivant le drame se construit autour des saintes femmes soutenant la Vierge évanouie. Saint Jean se penche vers elles tandis que, derrière ce premier groupe, Madeleine lève les bras en geste de désespoir vers le corps du Christ. À l’arrière-plan, Longin à cheval semble essuyer ses larmes. À droite, le groupe des spectateurs étonnés ou touchés par la scène est dominé par la figure du centurion converti qui contemple le corps du Christ depuis son cheval blanc. À ses pieds, les deux pharisiens observent également le drame. Dans le médaillon au-dessus de la croix apparaît le Pélican qui nourrit ses petits de son propre sang, symbole du sacrifice du Christ.

Le Maître de la Pietà est une création de Millard Meiss qui baptise ainsi un peintre anonyme siennois d’après ses deux œuvres les plus marquantes : une Pietà provenant de la collection Campana, aujourd’hui conservée au musée du Petit Palais d’Avignon1, et un volet de triptyque de même sujet conservé au Detroit Institute of Art. Meiss réunit ainsi neuf tableaux sous ce nom de convention2.  La critique a dans l’ensemble suivi Meiss pour reconnaître l’œuvre et l’identité du Maître de la Pietà, situé par tous dans le troisième quart du Trecento. Il est perçu soit comme un représentant de l’école des Lorenzetti, soit comme un peintre influencé par Luca di Tommè qui est, à Sienne, l’un des meilleurs divulgateurs du style lorenzettien.

Après une première attribution par Berenson3 à la production tardive d’Ugolino Lorenzetti (aujourd’hui identifié comme Bartolomeo Bulgarini), Cristina De Benedictis a inscrit la première cette Crucifixion au Maître de la Pietà4. Denise Boucher de Lapparent, dans la notice consacrée à l’artiste dans le catalogue de l’exposition d’Avignon de 1983, émet des réserves sur l’attribution du panneau à l’artiste, mais sans rejeter fermement l’attribution ni donner de motivations5. En 1991, l’attribution au Maître de la Pietà est en revanche réaffirmée par Gaudenz Freuler dans le catalogue de l’exposition de Lugano6.

Sur la dizaine d’œuvres reconnues qui nous sont parvenues de l’artiste, une grande majorité constitue un groupe relativement homogène : galbe pointu, très ouvragé, orné d’un trilobe ou d’un petit tondo. C’est cette formule que l’on retrouve notamment dans le diptyque de la Galerie nationale de Prague. Comme l’a souligné Denise Boucher de Lapparent, il est possible que le peintre, dessinateur précis et minutieux, se soit spécialisé dans l’exécution des petits formats, tableaux de dévotion privée, facilement transportables, dont la production semble s’être amplifiée après 1350.

Crucifixion - Galerie Brimo de Laroussilhe

Maître de la Pietà, Diptyque : La Vierge à l’EnfantPrague, Nàrodni Galerie

Maître de la Pietà, Diptyque : La Crucifixion. Prague, Nàrodni Galerie

En même temps, la Crucifixion aujourd’hui conservée à Cracovie, visiblement un pinacle de polyptique, vient témoigner de l’exécution par l’artiste au moins d’un grand ensemble. Cette dernière œuvre permet surtout de soutenir avec conviction l’attribution de la Crucifixion de l’ancienne collection Stehli au Maître de la Pietà. Outre un même schéma fondé sur les deux groupes distincts que sépare la croix, de nombreux éléments stylistiques et certains motifs sont très similaires. Si le groupe de la Vierge et des saintes femmes est probablement plus proche du panneau du diptyque de Prague, le panneau de Cracovie montre en revanche une même recherche dans la création d’un espace plus complexe, encadré par les cavaliers au second plan. Le dessin particulièrement élégant du cheval blanc à droite est tout à fait similaire dans les deux œuvres. De même, on est frappé par la proximité de conception des deux figures masculines qui apparaissent au premier plan à droite au bord de la composition.

Crucifixion - Galerie Brimo de Laroussilhe

Maître de la Pietà, Crucifixion, vers 1350–1360. Cracovie, Muzeum Narodowe.

1. 

D. Boucher de Lapparent, dans L’Art gothique siennois, enluminure, peinture, orfèvrerie, sculpture, cat. expo. (Avignon, musée du Petit Palais, 26 juin–2 octobre 1983), Florence, 1983, nº93, p. 252–253 ; M. Lacotte et E. Moench, Peintures italiennes. Musée du Petit Palais. Avignon, Paris, 2005, nº164, p.142.

2. 
M. Meiss, « Italian Primitives at Konopiste », The Art Bulletin, XXVIII, 1946, p. 1–16.
3. 
B. Berenson, Central and North Italian Schools, I, Londres, 1968, p. 437.
4. 

C. De Benedictis, La pittura Senese 1330–1370, Florence, 1979, p. 28, p. 92.

5. 

D. Boucher de Lapparent, dans L’Art gothique siennois, enluminure, peinture, orfèvrerie, sculpture, cat. expo. (Avignon, musée du Petit Palais, 26 juin–2 octobre 1983), Florence, 1983, p. 251.

6. 

G. Freuler, Manifestatori delle Cose Miracolose. Arte Italiana del ’300 e ‘400 da Collezioni in Svizzera e nel Liechtenstein, cat. expo. (Lugano-Castagnola, Fondation Thyssen-Bornemisza, 7 avril–30 juin 1991), Lugano, 1991, cat. 13, p. 55–57.

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