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Deux plaques : La Vierge et Saint Jean de Calvaire

Limoges, vers 1230

Cuivre repoussé, gravé ciselé et doré, perles d’émail bleu-noir
Cuivre champlevé, gravé, ciselé, émaillé et doré
H. 24 cm ; L. 7,5 cm
Historique

Achetées chez Brimo de Laroussilhe en 1929 par le collectionneur François Baverey (Lyon).

Bibliographie

Bertrand, E., Émaux limousins du Moyen Âge. Ière Partie : Essai d’un inventaire des émaux limousins du moyen âge, négociés par Brimo de Laroussilhe depuis 1908, Brimo de Laroussilhe, Paris, 1995, fig. VIII p. 16, nº124, p. 70.

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Étude

Les deux personnages, représentés debout, sont aisément identifiables comme la Vierge et Saint Jean de Calvaire : la Vierge, voilée, incline la tête et se tient le poignet en signe de douleur, tandis que saint Jean, tenant le Livre de la main gauche, porte la main droite à son visage.

Chacune de ces figures d’applique, travaillée au repoussé, gravée et ciselée, est fixée sur une plaque émaillée par deux rivets qui sont, comme le reste de la figure, gravés et dorés. Les plaques, cintrées, émaillées et dorées sont cernées d’une bordure réservée et dorée puis d’une fine bande d’émail turquoise. Le bord de la plaque de la Vierge est couvert de hachures en zigzag gravées qui n’apparaissent pas sur la plaque du Saint Jean. Les rinceaux qui ornent les fonds des deux plaques s’épanouissent en fleurs dont seules celles du registre supérieur sont émaillées. Deux bandes horizontales d’émail turquoise, décorées d’une ligne sinueuse réservée et dorée scandent chacune des plaques sur toute la largeur, à hauteur des épaules et des genoux des deux figures d’applique. Le nimbe diffère sur chacune des plaques : d’émail turquoise orné de lobes rayonnants entre lesquels apparaissent des traits réservés et dorés sur la plaque de la Vierge, il est en revanche très coloré sur la plaque de Saint Jean et présente un motif de lobes rayonnants plus complexes et entre lesquels apparaissent des points d’émail rouge.

Les plaques émaillées montrent ici une nette évolution vers une exécution moins raffinée, tant dans la gravure, au tracé moins régulier, que dans la palette et la matière de l’émail qui, au-delà de présenter une gamme chromatique plus sourde, offrent une matière plus opaque à l’aspect plus terne que dans les exemples de la période antérieure. Ce style plus relâché dans le travail de l’émail correspond parfaitement aux œuvres réalisées à partir du second quart du XIIIe siècle, période qui concorde avec l’apparition de nouvelles « recettes » dans la fabrication de l’émail1.

Le traitement des figures d’applique est également caractéristique de cette époque, notamment la chevelure du Saint Jean dans laquelle ondulent de fines lignes parallèles en pointillés. Les plis des drapés, qui ne sont parfois qu’esquissés, sont rendus par des lignes assez irrégulières, par endroits gravés de façon sommaire. Ces différentes caractéristiques nous permettent de rapprocher ces deux plaques de la figure d’applique d’un Saint, aujourd’hui isolée, conservée au Metropolitan Museum2 ainsi que de la Châsse de Sainte Fauste conservée au musée de Cluny3, toutes deux datées aux environs de 1230. On peut d’ailleurs penser que ces deux plaques devaient être à l’origine placées, aux côtés d’un Christ en croix, sur une grande châsse de ce type ou de celui de la châsse de Saint Viance sur laquelle les figures d’appliques sont également fixées à des plaques cintrées indépendantes4.

Deux plaques : La Vierge et Saint Jean de Calvaire - Galerie Brimo de Laroussilhe

Figure d’applique, Limoges, vers 1230. New York, The Metropolitan Museum of Art.

1. 

Cf. « Le cuivre et l’émail : techniques et matériaux » dans É. Taburet-Delahaye et B. Drake Boehm (sous la direction de), L’Œuvre de Limoges. Émaux limousins du Moyen Âge, cat. expo. (Paris, musée du Louvre, 23 octobre 1995–22 janvier 1996 ; New York, The Metropolitan Museum of Art, 4 mars–16 juin 1996), Paris, 1995, p. 48–62.

2. 
Ibidem, nº97, p. 297.
3. 

Cf. M.-M. Gauthier, Émaux du Moyen Age Occidental, Fribourg, 1972, nº132, p. 373.

4. 

Cf. Taburet-Delahaye et B. Drake Boehm, op. cit. 1995, nº119, p. 347–350.

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