Feuillet droit de diptyque : Le Christ Juge
Angleterre, deuxième quart du XVe siècle
Historique
Ancienne collection Léonce Rosenberg ; acheté en 1924 à sa vente à Paris (hôtel Drouot, 12 juin 1924, lot 84) par Paul Robert Gustav Horst (1863–1958) ; vendu par son fils Robert Horst à Londres en 1961 (Christie’s, 28 novembre 1961, lot 78).
Bibliographie
Lowden, J., Medieval and Later Ivories in the Courtauld Gallery. Complete Catalogue, Londres, 2013, p. 66–67, fig. 38.
Étude
Le feuillet est cerné d’une bordure lisse. La scène principale se tient dans une quartefeuille inscrite dans un losange posé sur la pointe. Les écoinçons aux quatre angles du feuillet sont occupés par des anges agenouillés. Ceux de la partie inférieure soutiennent de leurs deux bras les côtés du losange qui abrite la scène centrale, tandis que ceux des angles supérieurs portent dans une main la navette et de l’autre agitent l’encensoir. Dans la partie centrale, le Christ Juge, le torse nu et les épaules couvertes d’un pan de son manteau, montre ses plaies. Devant lui, agenouillés, la Vierge et saint Jean sont figurés en intercesseurs. Derrière eux, deux anges portent les instruments de la Passion, la lance et les clous pour celui de gauche, la couronne d’épines pour celui de droite.
Aux pieds du Christ, la Résurrection des morts est représentée par deux petites figures drapées dans leurs linceuls qui, les mains jointes, semblent se relever parmi les morts.
La mise en page très spécifique de ce feuillet se retrouve sur un petit groupe d’ivoires extrêmement proches également au niveau du style. Parmi ceux-ci, nous pouvons citer le feuillet de la Nativité conservé à Cambridge1, qui formait un diptyque avec un feuillet de la Trinité conservé au National Museum of American Art de Washington2, et, à Londres, un feuillet de l’Assomption de la Vierge conservé au British Museum3 et un feuillet de la Trinité conservé au Courtauld Institute4. Le Courtauld Institute conserve également le moulage d’un diptyque, aujourd’hui non localisé, qui appartient toujours au même groupe et qui présente une Trinité associée à un Christ Juge dont la composition est extrêmement proche du feuillet ici à l’étude5.
L’ensemble de ces différents feuillets présente la même composition générale basée sur ce principe d’une quartefeuille inscrite dans un losange posé sur la pointe, les écoinçons abritant le plus souvent des anges ou, dans le cas de celui de Washington, les symboles des évangélistes.
Feuillet gauche de diptyque : La Nativité, Angleterre, deuxième quart du XIVe siècle. Cambridge, Fitzwilliam Museum.
Feuillet droit de diptyque : La Trinité, Angleterre, deuxième quart du XIVe siècle. Washington D. C., National Museum of American Art, Smithsonian Institution.
Feuillet de diptyque : La Trinité, Angleterre, deuxième quart du XIVe siècle. Londres, The Courtauld Institute.
Diptyque : La Trinité, Le Christ Juge. Moulage réalisé au XIXe siècle d’après un diptyque dont la localisation actuelle est inconnue.
Randall a le premier identifié ce groupe qu’il propose de reconnaître comme une production anglaise du deuxième quart du XIVe siècle en raison, notamment, du thème récurrent de la Trinité, et surtout de la mise en page spécifique qui trouve des échos dans des enluminures anglaises de la première moitié du XIVe siècle, telles que la miniature de la Trinité des Heures de Pabenham-Clifford, conservées au Fitzwilliam Museum6. Plus récemment, John Lowden a contesté cette attribution à l’Angleterre en privilégiant une origine du nord de la France, toujours dans le deuxième quart du XIVe siècle. Selon lui, ce changement d’attribution se justifie, car l’iconographie de la Trinité n’est pas spécifique à l’Angleterre et se retrouve également en France ou en Allemagne7. Toutefois, les rapprochements proposés par Randall avec les miniatures anglaises, tant au niveau de l’iconographie que de la composition, paraissent convaincants. De plus, nous pouvons souligner que la majorité des ivoires de ce groupe a une histoire qui se rattache à l’Angleterre8.
MS 242, autrefois considérées comme les Heures de Grey-FitzPayn, cf. R. H. Randall, The Golden Age of Ivory. Gothic Carvings in North American Collections, New York, 1993, p. 71.
Trois de ces feuillets sont aujourd’hui conservés dans des collections anglaises, celui du Courtauld Institute a été acheté avant 1860 par Thomas Gambier Parry. Notre feuillet porte également au dos une ancienne étiquette inscrite en anglais : « Right hand Leaf of a Diptych “Flemish” 1450. A Majesty: Our Saviour surrounded by Saints enclosed in an Architectural Aureol ». Néanmoins, celle-ci date probablement de son passage dans la collection Horst entre 1924 et 1961.