

Saint Jean
Allemagne (Saxe ?), milieu du XIIe siècle
Historique
Collection Ruth Blumka (New York).
Étude
La plaque, cintrée dans la partie supérieure, est bordée par un cadre émaillé de bleu. Un apôtre se tient debout, le Livre dans la main droite. L’inscription qui figure auprès de lui « S / IHS » est une abréviation de son nom en latin SANCTUS JOHANNES, c’est-à‑dire saint Jean l’Évangéliste.
Cette plaque appartient à une série de huit autres plaques de forme, de proportions et de style similaires qui représentent toutes des apôtres : Saint Barthélémy, saint Thomas, saint Simon et saint Jude conservées au Metropolitan Museum de New York1, saint Pierre au Walters Art Museum de Baltimore2, saint Jacques à l’Art Institute de Chicago3, saint Philippe au Kestner Museum de Hanovre4, et enfin saint Matthieu dans une collection privée5.
Certaines différences entre ces plaques peuvent être relevées, notamment la bordure d’encadrement qui est, sur certaines, émaillée de bleu et sur d’autres simplement guillochée.


Saint Barthélémy, Allemagne (Saxe ?), milieu du XIIe siècle. New York, The Metropolitan Museum of Art.
Saint Thomas, Allemagne (Saxe ?), milieu du XIIe siècle. New York, The Metropolitan Museum of Art.


Saint Jude, Allemagne (Saxe ?), milieu du XIIe siècle. New York, The Metropolitan Museum of Art.
Saint Simon, Allemagne (Saxe ?), milieu du XIIe siècle. New York, The Metropolitan Museum of Art.
Par ailleurs, les apôtres sont représentés soit debout, soit assis sur un banc émaillé ; de même certains arborent une auréole entièrement émaillée, tandis que d’autres n’ont qu’un filet d’émail en guise de nimbe. Toutefois, ces différences n’excluent en aucun cas que les neuf plaques proviennent à l’origine du même ensemble6, peut-être un parement d’autel ou une grande châsse reliquaire.

Saint Pierre, Allemagne (Saxe ?), milieu du XIIe siècle. Baltimore, The Walters Art Museum.
L’ensemble de ces plaques des apôtres a également pu être rapproché de trois plaques rectangulaires qui présentent des scènes historiées7 : La Nativité conservée au Victoria and Albert Museum à Londres, L’Adoration des Mages au Saint Louis Art Museum8 et Le Massacre des Innocents au Metropolitan Museum à New York9.

Le Massacre des Innocents, Allemagne (Saxe ?), milieu du XIIe siècle. New York, The Metropolitan Museum of Art.
Ces trois plaques offrent un style et des dimensions similaires. Néanmoins, là aussi, les bordures diffèrent de l’une à l’autre. Elles sont traditionnellement reconnues comme provenant également d’un même objet, ce que confirme leur iconographie. L’hypothèse qu’elles appartiennent au même ensemble que les plaques des apôtres semble tout à fait pertinente. Il est en tout cas certain que toutes ces plaques proviennent, si ce n’est de la même œuvre, du même atelier.
L’attribution de ces différentes plaques pose néanmoins des difficultés. Le style, la palette des émaux et certains détails, tels que le pied de saint Jean qui mord sur le cadre émaillé, montrent une influence évidente des œuvres rhéno-mosanes. Cependant, le dessin très particulier de certains visages aux fronts particulièrement larges, aux traits fortement marqués et aux yeux très arrondis, ou encore le caractère outré et dramatique de la plaque du Massacre des Innocents, rendent la localisation de cet atelier plus problématique. En 1929, Borenius avait proposé de reconnaître les plaques du Victoria and Albert et celle aujourd’hui à Saint Louis comme des œuvres mosanes10 mais, depuis, toutes ces plaques sont, de manière plus juste, données à l’Allemagne avec une origine possible dans la Saxe11.
La plaque de Saint Barthélémy (13 cm × 7,1 cm) et celle de Saint Thomas (12,9 cm × 7,3 cm) proviennent de la collection Georges Hoentschel puis de la collection J. Pierpont Morgnan. Inv. 17.190.442 et 17.190.443. Les plaques de Saint Jude (13,4 cm × 6,4 cm) et de Saint Simon (13,4 cm × 6,5 cm) proviennent de la collection Stroganoff (Rome) puis de la collection Blumenthal. Inv. 41.100.141 et 41.100.142.
En prêt au Metropolitan Museum of Art à New York de 1979 à 2010 (L. 1979.37) ; Vente Sotheby’s New York, 27 janvier 2011, lot 389.
Nous pouvons par exemple relever certaines de ces différences sur les plaques de Saint Barthélémy et Saint Thomas, aujourd’hui conservées au Metropolitan Museum. Ces deux plaques montrent des bordures et des auréoles différentes. Néanmoins, leur très grande similitude et leur provenance commune de la collection Georges Hoentschel attestent de leur même origine. Cf. A. PÉRATÉ, Collection Georges Hoentschel : Émaux du XIIe au XVe siècle, Paris, 1911, nº18‑19, pl.VIII.
